M. Feldenkrais
paru dans Somatics, 1979
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Tous les mammifères possèdent un squelette, des muscles et un système nerveux, et ils sont issus de parents, et la terre exerce sur chacun d'eux la même force gravitationnelle qui n'est jamais ni interrompue ni filtrée. En tant que mammifère, l'Homme n'échappe pas à ce destin. Cependant, il y a de grandes différences. Le squelette humain comporte des pouces structurés de façon à pouvoir toucher le bout de tous les doigts de la main. L'orang-outang ou le chimpanzé a des muscles plus puissants dans les bras que l'Homme, mais la musculature fine de la main humaine permet une gamme de manipulations d'une finesse extrême: par exemple, l'écriture, la musique, l'horlogerie, etc. Les différences fonctionnelles du système nerveux humain séparent l'Homme des autres mammifères. Le rôle des parents chez l'Homme est également très différent. Un enfant a généralement un père et une mère ainsi que deux grands-pères et deux grands-mères. L'environnement de l'Homme comporte le soi et l'image de soi ainsi que les aspects sexuels, sociaux et culturels, et aussi spatiaux et temporels, de soi. Les mouvements que constitue toute action déplacent l'organisme tout entier avec des changements dans sa configuration, et tout cela influe sur différents aspects de l'environnement afin de subvenir aux besoins de l'organisme. On a donc un environnement en transformation perpétuelle et un organisme en transformation perpétuelle, les deux agissant réciproquement l'un sur l'autre sans cesse, tant que l'organisme demeure en vie. Les différents environnements affectent l'organisme et son système nerveux, le faisant agir et réagir effectivement et efficacement aux changements. Ainsi, depuis la naissance jusqu'à la mort, on a un circuit fermé de quatre éléments : le squelette, les muscles, le système nerveux et l'environnement. En fait, ces éléments sont des systèmes très complexes qui inter-agissent avec de nombreux effets en amont et en aval sur la boucle. Celle-ci peut être dessinée comme une figure quadrangulaire à quatre arêtes et quatre sommets. Dans mon travail, je me préoccupe surtout des sommets plutôt que des arêtes. Je travaille sur les points de rencontre aux sommets où les éléments ont une action réciproque et où l'usage appris de soi est plus apparent. La vie individuelle d'activité et de réaction intentionnelles peut être transformée plus aisément à travers l'apprentissage qu'à travers les structures plus rigides représentées par les arêtes, c'est-à-dire les os, les muscles, le système nerveux, l'espace-culture-temps, etc. Il vaut mieux aussi perfectionner la façon dont on agit plutôt que ce que l'on fait. Car la façon d'agir est souvent plus importante que l'action elle-même.
Les espèces
vivantes sont classées
Ces quatre éléments complexes peuvent être étudiés du début jusqu'à la fin de la vie. A la naissance, la relation entre l'organisme et l'environnement est passive dans l'ensemble. Peu à peu la passivité cède la place à une activité de plus en plus intentionnelle. Si la gravitation n'existait pas, le schéma tout entier serait totalement différent. Les os ne seraient pas conçus pour résister à la compression. La vitesse et la puissance des mouvements seraient différentes. Ce serait une situation quasi inconcevable. Ainsi, le mouvement est le meilleur indice de la vie. Depuis le jour où il s'est mis à parler, l'Homme a classé tous les objets suivant leur mouvement dans le champ gravitationnel. Le règne végétal est tout ce qui se déplace passivement d'un côté à l'autre suivant le mouvement de l'air ou de l'eau, sinon la croissance se fait verticalement. Les animaux sont classés selon leur façon de se déplacer. Ceux qui nagent sont les poissons, ceux qui volent les oiseaux, ceux qui ondulent les serpents et ceux qui gigotent les vers. Il y a ceux qui sautent, rampent, se déplacent à quatre pattes, et nous, les bipèdes sans plumes, qui marchons debout. Le mouvement semble avoir préoccupé l'Homme depuis le fond de sa mémoire. |
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Le mouvement est le meilleur indice de la vie M. Feldenkrais |