M. Feldenkrais
paru dans Somatics, 1979
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À la naissance, toutes les créatures vivantes sont plus petites et plus faibles que leurs parents adultes, certaines pendant peu de temps et d'autres plus longtemps. Les organismes faibles ont besoin d'un monde cohérent et constant afin de se transformer en adultes forts. On le sait, un organisme est en lui-même tout un microcosme, qui a besoin à son tour d'un monde extérieur cohérent pour que le monde intérieur comporte l'homéostasie, l'ordre et l'invariance une condition qui doit être maintenue s'il faut que ce monde existe un temps. En bref, un système nerveux vivant introduit de l'ordre parmi les stimulants aléatoires et constamment changeants qui lui parviennent à travers les sens. En outre, l'organisme vivant lui-même change sans cesse et le système nerveux doit apporter de l'ordre à la fois au monde mobile en évolution et à sa propre mobilité pour trouver un sens à ce tourbillon incessant. Chose surprenante, le moyen le plus efficace pour accomplir cette tâche herculéenne, c'est le mouvement Le mouvement de l'organisme vivant est essentiel pour la création d'événements invariables dans l'environnement variable et mobile, et dans l'organisme lui-même qui est constamment en mouvement. Même si nous observons la matière inerte, nos sens perçoivent quand même des impressions de mouvement dès lors qu'un organisme vivant n'est jamais entièrement immobile jusqu'à sa mort. Le professeur Heinz von Foerster, du "Biological Computer Laboratory ", un cybernéticien qui nourrit des idées semblables, a noté que le mathématicien français Henri Poincaré écrivit en 1887 que la vision à trois dimensions est possible, non seulement parce que nous avons deux yeux, mais également par le mouvement de la tête qui les porte. Les mouvements de la tête requièrent l'ajustement des yeux, et les images tridimensionnelles ne seraient pas perçues avec des yeux qui resteraient immobiles dans l'espace. Von Foerster raconte aussi l'histoire d'un moniteur de ski suisse, Kohler, qui persuada quelques-uns de ses élèves de participer à une expérience fascinante. Il voulait savoir ce qui se passerait si le cerveau percevait le monde extérieur tel qu'il se présente à la surface de la rétine et non pas tel qu'il est. Comme chacun le sait, la lentille oculaire, tout comme n'importe quelle autre lentille, inverse l'image sur la rétine. Ainsi l'image d'une personne debout devant soi renvoie la tête en bas de la rétine et les pieds en haut. M. Kohler donna à tous les participants une paire de lunettes qui renversait l'image sur la rétine. Comme on pouvait s'y attendre, les premières heures furent très difficiles ; personne ne pouvait se déplacer librement ou faire le moindre geste sans bouger très lentement et sans essayer de deviner et de comprendre ce qu'il voyait. Puis quelque chose d'inattendu se produisit : toutes les parties de leur corps et ce qui les entourait qu'ils pouvaient toucher commença à paraître comme auparavant, mais tout ce qu'ils ne pouvaient pas toucher continuait d'être inversé. Peu à peu, en tâtonnant et en touchant les objets pendant qu'ils se déplaçaient pour subvenir à leurs besoins, les objets plus éloignés commencèrent à paraître normaux aux participants. Au bout de quelques semaines de l'expérience, tout semblait être dans le bon sens, et les participants pouvaient tout faire sans effort spécial. A un moment donné la neige s'est mise à tomber. M. Kohler regarda par la fenêtre et vit les flocons s'élever de la terre vers le ciel. Il sortit, étendit les mains la paume vers le haut, et sentit la neige tomber sur ses mains. Après seulement quelques instants de cette sensation, il commença à voir la neige qui tombait vers le bas au lieu de monter. |
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Le mouvement est essentiel pour la création d'événements invariables dans l'environnement variable et mobile, ... M. Feldenkrais |