La Méthode Feldenkrais :
entretien avec Anat Baniel

Mary Spire, M.M

Expérience de séances pour musiciens

MS : Vous avez enseigné la Méthode Feldenkrais à Tanglewood quatre étés de suite maintenant. Racontez comment cela s’est passé.

AB : A Tanglewood, j’anime des séances collectives pour les musiciens. Les groupes sont répartis suivant la spécialité des gens : il y a les instruments à cordes, les chefs d’orchestre, les chanteurs, etc. Je donne aussi des séances individuelles aux musiciens qui ont des questions ou des besoins particuliers. Comme vous le savez, le programme d’activités à Tanglewood est très intensif. Pendant huit semaines, les étudiants jouent et pratiquent leurs instruments sur des périodes beaucoup plus longues qu’en temps normal. Ils ont des répétitions d’orchestre tous les jours, des répétitions de musique de chambre, des cours d’interprétation en plus de leur travail personnel quotidien. Ainsi, la raison principale de ma présence ici pour enseigner la Méthode Feldenkrais, c’est d’aider les musiciens à prévenir les traumatismes physiques dans l’exercice de la musique - c’en est même un objectif important de mes séances. Léon Fleisher, le directeur artistique du Tanglewood Music Center, m’a dit qu’avant l’introduction de la Méthode Feldenkrais dans le programme, il y avait eu toute une série de musiciens qui s’étaient blessés en jouant trop longtemps ou mal, alors que l’été dernier, il n’y en avait eu qu’un seul.

 

MS : Il s’agit ici des horaires prolongés de répétition et de travail, qui exposent les étudiants au risque de traumatismes physiques. Mais ils sont aussi exposés à une tension psychologique considérable. Est-ce que vous en tenez compte dans vos séances ?

AB : Pas directement, mais pendant les séances sur le mouvement, je m’attaque à ce problème en parlant beaucoup des attitudes à prendre vis-à-vis de l’apprentissage, de l’exécution et de la douleur. Une composante importante des séances consiste à enseigner aux étudiants l’écoute de leurs propres sensations et émotions intérieures afin que cela leur serve à gérer les tensions, y compris les tensions psychologiques. Pour certains, c’est la première fois de leur vie qu’on leur dit que leurs difficultés et douleurs ne sont pas inéluctables. Dès lors que la séance de mouvements atténue ou minimise leur problème, la difficulté psychologique souvent disparaît ou s’estompe, et l’étudiant devient sécurisé. S’il subsiste encore un problème psychique ou s’il s’aggrave, il faut s’en occuper mais ce sera à quelqu’un d’autre de le faire.

 
   
 
     
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