François Combeau
Evolution sensori-motrice
et langage, ou l’aventure
de l’espèce humaine

 

Que se passe-t-il chez l’enfant ?

Nous avons vu que le nourrisson présentait une configuration cervicale et une position de tête très semblable à celle des grands singes, d’où l’emplacement de son larynx très haut dans le cou et la possibilité de respirer et de s’alimenter conjointement. Le bébé va acquérir la courbure cervicale vers l’avant au cours de la première année. De ce fait le larynx trouve sa place définitive et la langue, en reculant légèrement, libère les gencives, l’ouverture de la bouche, et développe la mobilité de sa base, facilitant aussi une déglutition libre. Chez l’enfant aussi, on peut observer que cette évolution suit la verticalisation et qu’il existe bien un parallèle, une relation de cause à effet, entre l’accès à la vraie verticalité et le développement d’un langage articulé.

Pour ce faire, le nourrisson humain venu au monde avec un cerveau déjà évolué et riche de l’expérience de son espèce, mais incapable d’autonomie et fonctionnellement très limité, va devoir, à travers l’expérience et l’apprentissage sensorimoteur, amener à maturation son système nerveux central. Il va suivre un long processus d’évolution motrice qui, à y regarder de près, nous rappelle très exactement celui de l’espèce, depuis les animaux aquatiques jusqu’à l’être vertical. Commençant par l’utilisation des fléchisseurs, il développe ses premiers cris, le rapprochement tête-bassin et l’accolement des cordes vocales, puis les extenseurs qui vont sous-tendre le mouvement des yeux et entraîner l’ouverture de la bouche par l’abaissement de la mâchoire inférieure, libérer le voile du palais. Vient ensuite le retournement, et conjointement l’enfant développe le grasping, les mouvements dissociés des pieds (chevilles et orteils) et le mouvement antéropostérieur des lèvres (lié à la pesanteur). Il enchaîne ensuite les différentes formes de ramper et de propulsion, accompagnés de mouvements de langue en grande partie liés aux réactions de la colonne cervicale, aux déplacements des membres et à la propulsion du bassin. De là les "quatre pattes" de plus en plus rapides qui libèrent la tête et agrandissent son champ de mobilité et d’observation relâchent la mâchoire et accentuent les courbures cervicales et lombaires soumises à la pesanteur, mobilisent les hanches et les rendent fonctionnelles pour assumer la verticalité. Jusqu’à la bipédie (la mise debout) souvent tant attendue par l’ entourage, d’abord maladroite avec ses balancements d’un côté à l’autre, puis progressivement mieux organisés jusqu’à l’équilibre lourd et léger à la fois de l’homme debout, "l’instabilité stable" de la tête toute disponible pour l’activité sensorielle.

L’enfant, pour arriver à maturation, doit donc repasser par tous ces stades. Et la façon dont il les vit, va conditionner son évolution. Ces premières expériences sensorimotrices et le passage à travers ces stades de maturation liés à des schémas archaïques vont déterminer l’actualisation de ses potentialités. À partir de celle-ci, l’enfant et plus tard l’adulte vont organiser leur comportement, leur mode d’action et de réaction, et plus particulièrement le passage de l’intention à l’action.

Ces premières expériences vont constituer les fondements de l’image de soi. Comme le disait le Dr Feldenkrais, «toute personne règle sa conduite physique et psychique et agit d’après l’image de soi» (image consciente et représentation inconsciente au niveau de son cortex moteur).

 

     
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La veritable liberté vit dans le coeur de l’Homme dont la conscience s’est éveillée

F. Combeau