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Que se passe-t-il chez lenfant ?
Nous avons vu que le nourrisson présentait une
configuration cervicale et une position de tête très semblable
à celle des grands singes, doù lemplacement de son larynx très
haut dans le cou et la possibilité de respirer et de salimenter
conjointement. Le bébé va acquérir la courbure cervicale vers
lavant au cours de la première année. De ce fait le larynx trouve
sa place définitive et la langue, en reculant légèrement, libère
les gencives, louverture de la bouche, et développe la mobilité
de sa base, facilitant aussi une déglutition libre. Chez lenfant
aussi, on peut observer que cette évolution suit la verticalisation
et quil existe bien un parallèle, une relation de cause à effet,
entre laccès à la vraie verticalité et le développement dun
langage articulé.
Pour ce faire, le nourrisson humain venu au monde
avec un cerveau déjà évolué et riche de lexpérience de son espèce,
mais incapable dautonomie et fonctionnellement très limité, va
devoir, à travers lexpérience et lapprentissage sensorimoteur,
amener à maturation son système nerveux central. Il va suivre
un long processus dévolution motrice qui, à y regarder de près,
nous rappelle très exactement celui de lespèce, depuis les animaux
aquatiques jusquà lêtre vertical. Commençant par lutilisation
des fléchisseurs, il développe ses premiers cris, le rapprochement
tête-bassin et laccolement des cordes vocales, puis les extenseurs
qui vont sous-tendre le mouvement des yeux et entraîner louverture
de la bouche par labaissement de la mâchoire inférieure, libérer
le voile du palais. Vient ensuite le retournement, et conjointement
lenfant développe le grasping, les mouvements dissociés des pieds
(chevilles et orteils) et le mouvement antéropostérieur des lèvres
(lié à la pesanteur). Il enchaîne ensuite les différentes formes
de ramper et de propulsion, accompagnés de mouvements de langue
en grande partie liés aux réactions de la colonne cervicale, aux
déplacements des membres et à la propulsion du bassin. De là les
"quatre pattes" de plus en plus rapides qui libèrent la tête et
agrandissent son champ de mobilité et dobservation relâchent
la mâchoire et accentuent les courbures cervicales et lombaires
soumises à la pesanteur, mobilisent les hanches et les rendent
fonctionnelles pour assumer la verticalité. Jusquà la bipédie
(la mise debout) souvent tant attendue par l entourage, dabord
maladroite avec ses balancements dun côté à lautre, puis progressivement
mieux organisés jusquà léquilibre lourd et léger à la fois de
lhomme debout, "linstabilité stable" de la tête toute disponible
pour lactivité sensorielle.
Lenfant, pour arriver à maturation, doit donc
repasser par tous ces stades. Et la façon dont il les vit, va
conditionner son évolution. Ces premières expériences sensorimotrices
et le passage à travers ces stades de maturation liés à des schémas
archaïques vont déterminer lactualisation de ses potentialités.
À partir de celle-ci, lenfant et plus tard ladulte vont organiser
leur comportement, leur mode daction et de réaction, et plus
particulièrement le passage de lintention à laction.
Ces premières expériences vont constituer les
fondements de limage de soi. Comme le disait le Dr Feldenkrais,
«toute personne règle sa conduite physique et psychique et agit
daprès limage de soi» (image consciente et représentation inconsciente
au niveau de son cortex moteur).
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