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Revenons un instant à la nouvelle position
de la tête
et sa relation au développement du langage articulé :
Chez le grand singe comme dailleurs chez le
nourrisson humain, la courbure cervicale est convexe vers larrière.
La base du crâne très plate et los hyoïde (bord supérieur du
larynx) très haut placé dans le cou suppriment quasiment tout
lespace au niveau supralaryngé et mettent en relation directe
le larynx et larrière des fosses nasales, séparant très distinctement
les voies respiratoires du chenal digestif. Ce positionnement,
qui permet déviter les fausses routes, donne à lanimal comme
au nourrisson la possibilité de continuer de respirer tout en
salimentant. Lorsque lespèce a effectué ce dernier pas vers
la verticalisation, le larynx, entraîné par le recul et lélévation
de la tête ainsi que par la formation de la courbure cervicale,
sest abaissé à une hauteur inférieure à celle du menton, libérant
lespace supralaryngé (qui devient alors le pharynx, carrefour
entre les voies buccales, nasales et du larynx) et créant de véritables
suspenseurs à cet instrument vocal qui continue dêtre relié,
mais de façon souple et élastique cette fois, à la mâchoire inférieure,
à la base du crâne, à la colonne cervicale ainsi quaux clavicules
et au sternum. Ces suspenseurs vont assurer sa mobilité, sa capacité
à sélever et à sabaisser, entraînant un étirement plus ou moins
important des cordes vocales (et donc développant la tessiture
et lintonation). Cette souplesse va lui permettre -aussi une
modulation de lespace supralaryngé et du pharynx, favorisant
lutilisation de timbres et couleurs de sons de plus en plus différenciés
capables dexprimer les nuances de lémotion.
De la même façon, nous pouvons observer que la
langue, dont la racine trouve son insertion sur ce même os hyoïde
et lépiglotte, va suivre le mouvement dabaissement
du larynx, et globalement va reculer pour trouver sa place à lintérieur
de la bouche (tandis que chez lanimal, la langue est souvent
en dehors de la bouche). Sa base plongeant dans le cou va contribuer
elle aussi à libérer et ouvrir lespace du pharynx, qui à
son tour devient un espace de mobilité. Cest ainsi que se
développeront les premiers phonèmes postérieurs, bruit de racine
et arrière de langue, prédominants dans les langues dites primitives.
Chaque expérience nouvelle vient enrichir le
système nerveux central de possibilités dassociations et de dissociations
supplémentaires. Le répertoire de bruits articulés va se développer,
dautant plus que ce que lon sait mobiliser, on devient dans
le même temps capable de linhiber. Ainsi plus larrière de la
langue devient agile et souple, plus son inhibition peut devenir
le tremplin, le point dappui de nouvelles mobilités et notamment
celle du milieu de la langue, avec lapparition des phonèmes moyens,
puis de la même façon, des phonèmes antérieurs, tellement présents
dans nos langues actuelles. Cette langue, jusque-là seulement
capable détirement antéropostérieur (le plus souvent accompagnant
le mouvement de bascule de la tête) devient capable de mobilités
verticales, obliques, horizontales de plus en plus, créant ainsi
la base de notre langage, utilisation de plus en plus différenciée
de la langue.
Nous pouvons donc retenir que lévolution de
la langue, et par là-même le développement des différenciations
propres à notre langage, a suivi elle aussi la verticalisation
de la tête et la mise en courbure de la colonne cervicale.
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