François Combeau
L’être qui chante

 

Il n'y a pas de position idéale de la mâchoire

Prenons un exemple concret pour illustrer ce propos : la position de la mâchoire et sa dynamique chez le chanteur. Chacun présente une morphologie apparente, spécifique et habituelle, souvent remise en question par le professeur : “desserrez les dents”, “n’ouvrez pas autant la mâchoire”, “vous avancez mâchoire inférieure et cela perturbe votre voix”, etc..

        Cette attitude de la mâchoire est liée à l’état de dilatation - rétraction de la musculature qui s’y insère et relie la mâchoire aux parties avoisinantes.

Elle peut être :

- réactionnelle (c’est-à-dire une réponse dans l’instant à
   une situation relationnelle et contextuelle, sentiment
   d’agression, expression d’une angoisse) ;

- habituelle (correspondant à l’image de soi forgée par
   l’histoire) ;

- ou encore acquise (configuration particulière exigée par
   une technique spécifique, ayant fait l’objet d’un
   entraînement et souvent imitation d’un modèle ou fruit
   d’un enseignement).
   

        Du point de vue des lois acoustiques qui déterminent le développement des harmoniques et la propagation du son d’une part, et des relations fonctionnelles qui lient la mâchoire inférieure et le larynx West-à-dire la source vibratoire) d’autre part, il est clair qu’il n’existe pas de position idéale de la mâchoire. Celle-ci varie en fonction de la hauteur du son, de l’intensité, de la voyelle prononcée et de la couleur vocale souhaitée. La mâchoire inférieure doit donc, à chaque instant et pour chaque situation vocale, définir dans son rapport avec la mâchoire supérieure, le larynx et la colonne cervicale, un équilibre adapté harmonieux et libre.

       Cela signifie que le système nerveux, en tant qu’organe de commande, doit être à même de programmer une réponse adaptée à cette situation acoustique de l’instant, dictant à la musculature la mise en tonus qui convient.

       Pour ce faire, il doit être libre des configurations compulsives et habituelles, disponible (c’est-à-dire dégagé de commandes syncinétiques, tensions involontaires inconscientes et parasites) et apte à la réalisation d’une configuration et d’une morphologie spécifiques; ce qui présuppose l’expérimentation et l’intégration dans sa mémoire d’un grand nombre de possibilités qu’il aura la liberté d’associer de différentes manières, lui permettant de répondre de façon adaptée à la stimulation extérieure. Plus je suis disponible et riche de possibilités, plus je vais pouvoir trouver en moi-même la réponse adaptée. Si je ne connais qu’une configuration, quelle qu’elle soit, apparemment bonne ou mauvaise, comportement habituel ou acquis, la réponse sera dans bien des cas inadaptée, inharmonieuse et conduira à une limite. Seul le comportement adapté donnera avec un moindre effort toute la qualité expressive, la richesse harmonique du son et la parfaite définition de la voyelle permettant une articulation claire et précise.

     
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F. Combeau