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La connaissance
vraie de son corps chantant
Chaque esthétique spécifique conditionne lart
et la manière de la voix et lui impose toute une série de règles
amenant le chanteur à développer plus particulièrement et parfois
exclusivement certains aspects de sa voix - sa résonance, ses
appuis, son tonus musculaire - et de son articulation.
Ainsi, si lon prend lexemple du chant classique du
XIXe siècle et son héritage, que lon cite souvent
comme modèle de la bonne et saine utilisation de lorgane
vocal et de la dynamique pneumophonique, ne peut-on reconnaître
que sa spécificité conduit le chanteur à des exagérations supposant
un développement musculaire particulier, une organisation corporelle
et une dynamique respiratoire spécifiques, une utilisation de
la résonance qui lui est propre.
Sa spécificité pour moi est liée :
* à la recherche de lhomogénéité du
timbre sur toute
létendue de la tessiture, là où bien dautres
esthétiques
privilégient le changement de registre, le développement
et lenrichissement de zones harmoniques choisies
en
fonction de la hauteur ;
* à la possibilité de
réaliser sur toutes les notes de la
tessiture un crescendo et un decrescendo ;
* à laptitude à chanter
avec la même richesse et la même
homogénéité la série de voyelles spécifiques
pour
vocaliser, voyelles dont louverture et limpact
sur la
tension des cordes vocales favorisent la production
du
son et permettent acoustiquement la réalisation
du
phénomène.
En amont de lacquisition de
toute technique spécifique liée aux impératifs dune esthétique
donnée, et ceci quelle quelle soit, il y a la connaissance vraie
de mon corps chantant, de mon corps premier instrument, de sa
structure, de ses mécanismes, de sa biodynamique. Il y a lexpérimentation
de ses possibilités et de ses limites en fonction de la configuration
du squelette, du tissu musculaire qui sy insère et le met en
mouvement, ainsi que du fonctionnement du cortex cérébral (cerveau
de la musculature). Il y a la découverte dans la sensation des
lois physiques (champ de gravitation mécanique des solides et
des fluides - colonne dair) et acoustiques (propagation
des sons, développements harmoniques ... ) propres au milieu dans
lequel jévolue et je mexprime.
L'image de soi
Comme
le dit le Docteur Feldenkrais dans son travail pour la Prise
de conscience par le mouvement, toute personne
règle sa conduite, physique et psychique, sur limage quelle
sest faite de soi, elle agit daprès limage de soi
(image consciente et représentation inconsciente au niveau de
son cortex moteur). Cette image de soi est une image corporelle,
celle des contours, des rapports entre les membres et parties
du corps (rapports spatiaux et temporaux) et des espaces (qui
deviendront des espaces de respiration et de résonance). Elle
est aussi limage des sentiments ou émotions et des pensées. Cette
image sest constituée au hasard de lévolution, de léducation
et de lhistoire personnelle de chacun.
Dans
une posture, une attitude, un état dêtre, une dynamique vocale,
chacun présente une configuration toute personnelle qui est subjectivement
ressentie comme la plus simple, la plus naturelle, accompagnée
par limpression de ne rien faire de particulier ( Là,
je ne fais rien de spécial , dit souvent lélève,
chez moi, cest naturel ... ).
Les configurations
habituelles sont donc imprimées très profondément dans le système
nerveux et celui-ci réagit à lexcitation extérieure par une réponse
toute prête, une attitude habituelle, incapable bien souvent den
former une autre à la demande de la réalité extérieure, autrement
dit incapable de sadapter à ce contexte, une situation, une acoustique,
une expression, une intention. À travers le changement dynamique
que nous envisageons, il sagit de délier le système nerveux de
ces configurations compulsives et de lui permettre un mode daction
et de réaction non pas dicté par lhabitude mais par la situation
du moment.
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