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La liberté
d'une réponse adaptée et authentique
Le chant est chaque fois lexpression de
ces spécificités ethniques. Les sociétés primitives
dans lesquelles le travail collectif est prédominant (agriculture,
chasse, pêche) et la vie sociale riche, ont développé un chant
collectif, expression dune activité liée au mouvement et
au rythme du corps, à lespace et aux moments de la journée.
À loccasion de ce chant, la voix de chacun se fond dans
lharmonie collective.
Lévolution des sociétés sest accompagnée dun développement
de lindividualité, de la représentation et des échanges entre
les groupes humains. Le chant a suivi cette évolution et, quittant
bien souvent la réalisation collective liée à lactivité, il est
devenu chant individuel, chant de représentation à fonction de
communication, véhicule dun message social et religieux.
Actuellement, dans notre société technologiquement avancée, le
chant sest distancé de laction, des mouvements du corps, de
lespace de sa projection, des conditions de vie. Il trouve plus
souvent son inspiration dans les sentiments, lémotion, le mental,
et à ce titre la voix éclate à chaque instant comme lexpression
de ce que je suis, de moi en tant que
distinct, individuel, demandant une attention et une prise en
charge particulière.
Expression de mes angoisses, de mes espérances, de mon histoire
et de lavenir dans lequel je me projette, de mon personnage,
de ses dilatations, rétractions, limites et habitudes, le chant,
ma voix, se cherchent, se perturbent, se perdent et cherchent
dans la techniqueun appui rassurant, une délimitation.
Jamais comme aujourdhui et chez nous la voix ne sest cherchée,
comme si elle appartenait à un impalpable, au non-dit, comme si
elle était une réalité à vivre dans linstant de son existence,
dans la cohérence de sa production, dans sa vérité en tant que
réponse adaptée et authentique à un stimulus intérieur ou extérieur.
La question est donc bien de savoir si mon corps, ma pensée, ma
voix, ma respiration, ont la liberté de cette réponse adaptée
et authentique, et non de déterminer ce qui est bon ou mauvais
pour ma voix et de dresser un tableau sans fin des impératifs
et interdits imposés par telle ou telle technique. Car dans bien
des cas, létude des différentes techniques vocales utilisées
dans le monde viendra compromettre ces certitudes et remettre
en question le bien-fondé de ces idées et concepts limitatifs.
Je citerai quelques exemples :
- les coups de glotte de nombreuses
traditions
vocales, notamment
en Afrique du Nord ;
- le yodel des
montagnards et ce passage vécu et
affirmé de la
voix de tête à la voix de poitrine ;
- le chant de gorge des pays
où lespace est à franchir,
chant des bergers
basques, des chanteurs berbères ;
- le trémolo des femmes
coréennes venant détendre
une dynamique laryngée
fortement sous pression ;
- la gorge déployée des
chanteuses de Fado, leur
visage en figure
de proue et leurs mains tripotant
nerveusement le
châle noir traditionnel ;
- le chant nasillard
des chanteurs populaires de lItalie
du Sud ;
- le chant poussé des
samouraïs japonais, etc.
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